Analyse 2017-22

Mi-juillet, plusieurs articles de presse se penchaient sur une demande assez singulière : celle du gouvernement régional des Baléares d’interdire la consommation d’alcool dans les avions. L’occasion pour bon nombre de lecteurs de découvrir l’expression peu commune de « tourisme antisocial » ; et l’occasion pour Couples et Familles de creuser ce concept.

De quoi retourne-t-il ? Souvenez-vous, dans la première quinzaine de juillet, l’archipel des Baléares, exaspéré par la horde de touristes imbibés d’alcool qui se rue chaque année sur ses îles (destinations « low cost » par excellence), a estimé qu’il était temps de prendre le taureau par les cornes en demandant à l'Espagne et à l'Union européenne de tout bonnement interdire la consommation d’alcool dans les avions, mais également dans les aéroports afin de mettre un terme aux débordements qu’avaient tendance à causer les passagers enivrés pendant les vols. Objectifs ainsi visés : davantage de sécurité et surtout, lutter contre « le tourisme antisocial » [1] … L’expression est lâchée. On la retrouve dans un communiqué émanant d’une élue chargée du tourisme, Pilar Carbonell [2], pour ensuite être reprise sans modération par la sphère médiatique.

Le cas des Baléares

Des touristes en quête de fête : le public tout désigné pour les Baléares. Mais les dérapages à leur actif sont nombreux et parfois d’une très grande ampleur. C’est dès l’arrivée à l’aéroport que peuvent même commencer les dégâts, comme si en vacances, les individus n’étaient plus eux-mêmes ; comme si tout était permis sous prétexte que le traintrain quotidien est momentanément mis de côté. Mais au nom de quoi le port de tongs et de lunettes de soleil aux couleurs criardes justifieraient que les personnes en oublient les notions – pourtant fondamentales à toute société dite civilisée – du « vivre ensemble » ?

Ainsi, au sein des appareils transportant les touristes vers leur lieu de villégiature, il n’est pas étonnant d’être confronté à des individus éméchés se livrant à des bagarres, ou à d’autres tentant d’avoir des relations inappropriées en plein vol [3]… La pudeur de ces vacanciers semblant, en effet, ne pas faire partie du voyage. Une fois arrivé à destination, les écarts de conduite y vont de plus belle pouvant même aller jusqu’à causer la mort de l’intéressé ivre ; par exemple, lorsque celui-ci s’essaye à plonger dans la piscine du complexe hôtelier depuis son balcon. [4]

« Turismo de borrachera » (ou tourisme de la cuite) désigne aussi ce type de vacances. Tournée des bars et drogue [5], mélange qui n’augure assurément rien de bon et qui fait des personnes appartenant à la gente féminine des proies particulièrement faciles. Situation assez propice aux viols…

Attention : festivités

Le cocktail, précédemment cité, qui se compose d’alcool et de substances illicites ne se cantonne évidemment pas aux Baléares. Il s’agit d’un ingrédient généralement propre à toute fête, celles se déroulant en Belgique ne faisant pas exceptions. Les comportements déplacés, parfois causés ou exacerbés par cette « consommation festive » se retrouvent donc aussi chez nous.

Dans une analyse antérieure [6], nous vous parlions d’ailleurs des festivals ; summum de ce que l’on peut appeler « fêtes ». Il était mis en évidence que ceux-ci constituent un véritable terreau pour les agressions sexuelles, et que Couples et Familles reprochait vivement une banalisation de ces agissements déplacés. Cette problématique trouve aussi sa place dans cette nouvelle analyse : certaines personnes se permettent des attitudes anti-citoyennes car elles se trouvent dans un contexte particulier de vacances à l’étranger ou en festival. Ici, le dénominateur commun est tout trouvé : l’alcool ; mais peut-être aussi l’absence de réaction (jusqu’à présent) de la part des autorités en question.

Quoiqu’il en soit, le fait d’être en vacances ou en festival n’excuse pas le manque de civisme dont certains font preuve. Outre les auteurs d’actes immoraux, ceux qui en sont témoins sont aussi parfois à blâmer. Effectivement, dans la vie de tous les jours, ces derniers n’hésiteraient peut-être pas à intervenir au vu d’une situation de violences sexuelles par exemple ; mais dans des environnements festifs – qui pullulent lors de la période des vacances – on peut observer l’installation d’un certain laxisme ; comme si les règles sociales n’étaient pas à appliquer en de telles circonstances.

La route des vacances : une poubelle à ciel ouvert…

Néanmoins, l’alcool n’explique pas tout. Les vacanciers peuvent aussi faire preuve d’un incivisme extrême sans avoir ingéré la moindre goutte d’une quelconque boisson alcoolisée, et tout ça – encore une fois – car ce sont les vacances…

La preuve : l’état des autoroutes. Est-ce normal qu’en période estivale les routes des vacances soient bordées de panneaux rappelant aux vacanciers que la route n’est pas un dépotoir ?

« Utilisez nos poubelles ! elles ne mordent pas ;) », le slogan de cette année se veut un brin humoristique et sympathique. Elaborée par la SOFICO et Wallonie Plus Propre, la campagne de sensibilisation à la propreté sur les routes vise à « rappeler aux usagers le bon comportement à adopter pour maintenir propres le réseau routier et les aires de repos ». [7] Mais n’est-ce pas cher payer la piqûre de rappel ? En effet, fallait-il vraiment investir dans une telle campagne ? L’argent injectée dans sa conception n’aurait-il pas été plus utile ailleurs ? Certes, le fait d’opter pour les poubelles plutôt que pour la voie publique – en plus de s’inscrire dans une démarche respectueuse de l’environnement – peut permettre la réalisation d’économies assez conséquentes. « Sur une année, 4.300 tonnes de déchets sont collectés et ramassés sur le réseau structurant pour un budget de plus de 6 millions d’€ » [8]  peut-on lire sur le site walloniepluspropre.be.

N’est-ce pas une question de bon sens que de garder ses papiers et emballages dans la voiture jusqu’à une aire de repos où ils pourront trouver le chemin de la poubelle ? Apparemment non. Il semblerait qu’il faille rappeler sans cesse aux conducteurs (et passagers) cette règle élémentaire de savoir vivre. Mais pourquoi n’est-elle, à l’heure actuelle, toujours pas appliquée ? Mystère…

En tout cas, vu qu’en 2017 cette problématique est toujours d’actualité malgré les nombreuses campagnes mises en place au fil des années, on peut se demander s’il ne faudrait pas miser sur un autre levier d’action pour sensibiliser la population à la question de la propreté dans l’espace public. De plus, même si des sanctions guettent les pollueurs (c’est-à-dire, toute personne qui se débarrasse de détritus en les jetant par la fenêtre de sa voiture) [9], sont-elles réellement tout le temps mises en application ? Est-ce que chaque personne ayant jeté un mégot par la fenêtre de son véhicule paye la somme de cent euros ? À n’en pas douter, non.

Alors, si le volet préventif n’apporte pas le résultat escompté, pourquoi ne pas renforcer le volet répressif en mettant au point un système permettant de repérer ces individus sans-gênes ? (En renforçant la surveillance de ce qui se passe sur les routes par exemple.) Ensuite, il conviendrait de sanctionner chaque cas observé, sans exception. En outre, on peut penser que si la sanction était mise en relation avec l’acte posé (pourquoi pas X heures de ramassages de déchets le long des routes) plutôt qu’à une « amende » (qui risque de rester impayée), l’auteur des faits y réfléchira peut-être à deux fois avant de répéter son acte.

Mais avant tout, c’est bien la culture familiale qui se doit d’intégrer la valeur incontournable que constitue le respect de la planète. Un enfant ayant vu ses parents considérer le lancer de papiers dans les accotements comme une pratique tolérable risque peut-être d’adopter un point de vue similaire et donc, de se livrer de temps à autre à cette pratique. Les parents doivent donc montrer l’exemple à leur descendance en affichant une tolérance zéro vis-à-vis de tout acte mettant ostensiblement l’environnement à mal.

… et la spectatrice de nombreux abandons d’animaux

Ce n’est pas uniquement le respect de l’environnement qui doit être inculqué au sein de la famille, mais aussi le respect de tout être vivant, y compris celui des animaux. [10] Loin d’être des peluches dépourvues d’émotions, nos amis à quatre pattes impliquent, dans le chef de ses maîtres, bon nombre de responsabilités dont celle d’en prendre soin. Une évidence ? Encore une fois, apparemment pas pour tout le monde.

Cependant, les politiques publiques ne ferment pas les yeux sur cette réalité. En avril 2017, l’avant-projet de décret du Ministre wallon du Bien-Être animal a été adopté par le Gouvernement wallon. Objectif : intégrer dans le code civil une nouvelle catégorie juridique spécifique aux animaux. En reconnaissant ceux-ci comme « des êtres vivants doués de sensibilité » et non plus comme des « meubles », le code sera enfin davantage en adéquation avec l’évolution des mentalités. Qui plus est, la justice aura ainsi la possibilité de faire preuve de plus de sévérité dans les cas d’abandons d’animaux ; mais aussi, de maltraitance. [11]

De plus, début juin, Christine Defraigne, présidente du Sénat (MR) et Sabine de Bethune, sénatrice (CD&V) ont proposé que la protection et le bien-être des animaux, en tant qu’êtres sensibles qui disposent d’intérêts et d’une dignité, figurent dans la Constitution belge. D’ailleurs, le site gaia.be diffuse cette information en précisant que sa pétition qui appuie cette demande a déjà plus de 60 000 signatures et que sa tournée d’été sera consacrée à ce thème. [12] Dès lors, douze villes verront, entre le 26 juillet au 16 août, débarquer la caravane Gaia en leur sein. « Pour ce nouveau volet estival, GAIA souhaite recueillir le soutien d’un maximum de citoyens afin d’inscrire la protection du bien-être et le respect de la dignité des animaux dans la Constitution belge. » [13] peut-on ainsi lire sur leur site.

Par ailleurs, la nouvelle réglementation quant à la publicité liée à la commercialisation d’animaux, entrée en vigueur le 1er juin 2017 [14], aura peut-être aussi pour effet de réduire le nombre d’abandons en agissant comme une sorte de barrière aux achats compulsifs, ou non suffisamment réfléchis, d’animaux.

Il est également évident qu’en parallèle à ces prises de décisions politiques, la famille a un rôle à jouer pour éviter ces actes dépourvus d’humanité. D’abord les parents ne doivent en aucun cas succomber au désir d’animaux de leurs enfants, même si ceux-ci se montrent particulièrement insistants, dans la mesure où eux, responsables de la cellule familiale, n’ont pas le temps, les moyens, ni même, l’envie de s’encombrer des tâches inhérentes à l’adoption d’un animal. Ensuite, s’ils se lancent dans l’aventure, les parents doivent s’y engager jusqu’au bout ; c’est-à-dire assumer tout ce qu’implique la possession d’un animal de compagnie : soin, vaccination, affection, etc. Enfin, les parents, comme toujours se doivent de donner l’exemple à leurs enfants. L’attitude que ces derniers auront envers l’animal dépendra probablement de celle qu’ont les adultes à son égard. Dès lors, il leur incombe de faire preuve de bienveillance et de veiller à ce que l’animal soit respecté, et aimé.

La rage au corps

Est-ce le fait de s’éloigner quelque temps d’une routine oppressante, où le stress règne en maître, qui pousse les touristes à se montrer davantage tolérants envers certains comportements antisociaux ? Ou est-ce peut-être le besoin de décompresser qui fait momentanément naître un « je-m’en-foutisme », à degré variable, chez les vacanciers ?

Peut-être que si la société imposait un rythme de vie moins oppressant, les citoyens seraient davantage détendus et plus propice à se soucier de ce qui dépasse leur propre personne : intervenir lorsqu’une personne semble ne pas aller bien, développer un penchant pour des préoccupations d’ordre écologique, etc.

Mais aujourd’hui, il semblerait que nous n’en soyons pas encore là. Certaines personnes éprouvent tellement de frustration ou d’animosité qu’un « nouveau » concept est apparu pour satisfaire ; ou plutôt décharger les personnes empreintes de colère : les « rage rooms ».

Le principe : payer pour détruire un espace aménagé pour ressembler à un salon ou à n’importe quelle pièce que l’on peut retrouver dans une maison. Un article publié sur weekend.levif.be, résume le principe : « vous avez le droit de tout dézinguer en 25 minutes, si vous avez coché la case "Demolition", 15 si c'est juste un "Lash out" et 5 si vous préférez un petit "I need a break". » [15]

Pour Couples et Familles, cette activité s’inscrit indéniablement dans une tendance antisociale. Même si elle peut permettre au client de se décharger de ses émotions négatives, nous prônons davantage l’évacuation des tensions par des moyens qui s’inscrivent dans des démarches à caractère constructif plutôt que destructif. En général, les parents n’enseignent-ils pas à leurs enfants que la violence ne résout rien ? Alors pourquoi y recourir dans le cadre des « rage rooms » ? Pour se décharger des émotions négatives qui nous habitent, pourquoi ne pas plutôt se lancer dans une activité sportive par exemple ? Bref, les façons pro-sociales d’évacuer le stress ne manquent pas ; et celui-ci ne peut définitivement pas servir d’excuse aux comportements inappropriés dont certains font preuves même si dans certains cas il en est en partie la cause… Il convient donc, d’une part, que les personnes apprennent à s’en délester de la meilleure façon qui soit et d’autre part, que le système social se réinvente pour que ce dernier ne soit plus un incontournable de notre époque.

Tempérons

Non, évidemment, tous les touristes ne sont pas antisociaux ; et fort heureusement. (À l’inverse, tous les antisociaux ne sont pas des touristes non plus, certains individus font preuves d’incivilité ; et ce, peu importe la période de l’année).

Bref, il semblerait qu’il vient d’être démontré – en quelque sorte – que la période des vacances pourrait révéler chez certaines personnes une sorte de « face cachée », une version laxiste de ce qu’elles ont l’habitude d’être les dix autres mois de l’année. Et si ces personnes ont des enfants, quel exemple leur donnent-elles ? Certainement pas un qu’il convient de suivre. Dès lors, adultes à la dérive, ressaisissez-vous et faites de vos vacances une période propice à l’apprentissage de la citoyenneté et non l’inverse. [16]

 

 

 

 

 


 

[1] Les Baléares demandent l'interdiction de la consommation d'alcool dans les avions. In : http://www.lefigaro.fr/. Consulté le 25 juillet 2017.
[2] Ibid.
[3] Palma veut interdire l'alcool dans les avions. In : http://www.20min.ch/. Consulté le 25 juillet 2017.
[4] Ibid.
[5] Les Baléares veulent en finir avec le « tourisme de la cuite ». In : http://www.lemonde.fr/. Consulté le 25 juillet 2017.
[6] Et si on parlait des festivals ? Analyse 2017-18 de Couples et Familles.
[7] Sur la route comme à la maison, jetez vos déchets à la poubelle ! In : https://www.walloniepluspropre.be/. Consulté le 26 juillet 2017.
[8] Ibid.
[9] Ibid.
[10] Voir à ce propos : L'animal de compagnie : un enfant comme un autre ? Analyse 2017-03 de Couples et Familles.
[11] Les animaux reconnus comme êtres sensibles en Wallonie. In : http://diantonio.wallonie.be/. Consulté le 26 juillet 2017.
[12] Les animaux dans la Constitution. In : http://www.gaia.be/. Consulté le 26 juillet 2017.
[13] Le statut des animaux au cœur de notre prochaine tournée d'été. In : http://www.gaia.be/. Consulté le 26 juillet 2017.
[14] Vente d'animaux : nouvelle réglementation en matière de publicité. In : http://www.wallonie.be/. Consulté le 26 juillet 2017.
[15] Phénomène : les rage rooms, ou détruire pour déstresser. In : http://weekend.levif.be/. Consulté le 27 juillet 2017
[16] Analyse rédigée par Audrey Dessy.