Analyse 2017-11

La fin de l’année scolaire approche à grands pas, et il sera bientôt temps pour les étudiants de défendre leur travail de fin d’études.  Mais à l’heure actuelle, présenter un mémoire a-t-il encore un sens ? En principe, la réalisation d’un TFE ne nécessite-t-elle pas que l’étudiant mobilise les connaissances acquises tout au long de son cursus pour traiter un sujet donné avec rigueur et assiduité ?

En effet, cette tâche qui n’est pas des moindre est l’opportunité pour le jeune de réellement s’approprier la matière, d’effectuer des recherches, d’aller sur le terrain, de suivre consciencieusement une méthodologie préalablement établie, d’être confronté à certains obstacles et d’apprendre à les surmonter ; bref, de s’investir corps et âme, pendant une année entière, dans un travail où il est certain qu’il y aura mis ses tripes.

Fort investissement personnel, capacité à rebondir, à se remettre en question, à trouver des solutions, à prendre du recul, etc. sont autant de facultés que va surement solliciter, à un moment ou un autre, tout étudiant lancé dans la réalisation d’un TFE.

Ainsi, le travail de fin d’études, comme son nom l’indique : accomplissement de plusieurs années d’études, se veut en quelque sorte le reflet des aptitudes de son auteur, et bien souvent, est l’objet d’une certaine fierté. Les nombreuses photos de travaux de fin d’études, fraichement imprimés et reliés, qui inondent les réseaux sociaux en fin d’années scolaires en sont une preuve incontestée.

Un temps révolu ?

Débordés par les examens et autres travaux à rendre pour la fin de l’année, ou tout simplement pas motivés pour se lancer dans pareille entreprise, il se peut que des étudiants délèguent la réalisation de leur TFE à autrui.

Dès lors, ces étudiants décrocheront leur diplôme en ayant « zappé » l’épreuve du TFE et en passant à côté des bénéfices que la réalisation de ce dernier peut apporter sur le plan personnel : meilleure connaissance de ses capacités et de soi, découverte de ressources insoupçonnées jusqu’alors, etc.

Le travail de fin d’études se transforme alors en simple marchandise et perd totalement de son intérêt académique… au profit d’un intérêt économique. En effet, véritable pain béni pour les « ghostwriters », cette nouvelle tendance constitue un marché des plus florissant : le fondateur de Aidetfe.be affirme qu’il se limite à douze clients et qu’il est ainsi contraint de refuser environ septante-cinq demandes d’étudiants par session, peut-on lire sur levif.be. [1] Niveau prix, pour un travail d’une soixantaine de pages, un budget avoisinant les mille euros est à prévoir. [2] Une facilité d’accès au diplôme dès lors uniquement envisageable pour les plus «fortunés», soit dit en passant…

L’école en cause

Des superviseurs pas assez impliqués, un suivi qui laisse à désirer et des consignes assez floues peuvent expliquer pourquoi certains jeunes passent à côté de l’importance qu’il y a à réaliser soi-même son mémoire. Mais les étudiants ne sont peut-être pas les seuls dans ce cas. En n’accompagnant peut-être parfois pas suffisamment les étudiants dans les différentes étapes qu’implique la réalisation d’un travail de fin d’études et en omettant de mettre en évidence les apports (tant sur le plan personnel que professionnel) susceptibles de découler de la réalisation d’un travail d’une telle ampleur, il est possible que l’école contribue à nourrir l’idée préconçue mise en avant par certains : « le TFE n’est qu’une charge de boulot supplémentaire, et qui de surcroît, ne sert pas à grand-chose ».

Remarquons aussi que ces TFE « frauduleux », qui sont le fruit non pas d’étudiants mais de « sous-traitants », passent souvent inaperçus. Auparavant, le plagiat réalisé à l’aide d’un simple « copier-coller » était la forme que revêtait le plus fréquemment la tricherie. Facilement détectable à l’aide de logiciels, la copie de pans entiers de textes ne restait pas sans conséquences pour l’étudiant. Mais quelle punition pourrait-il y avoir à la clé pour un TFE réalise dans les règles de l’art, mais faussement « signé » ? Apparenté au plagiat par le milieu universitaire, plusieurs sanctions peuvent être envisagées dont une note de zéro ou encore, l’exclusion des universités belges pour plusieurs années. [3] Même si les conséquences de l’achat d’un TFE sont donc assez sévères, cela ne rebute apparemment pas certains étudiants d’opter pour cette option ; car si quasi-indétectable, peu de chance de se faire prendre.

Mais est-ce normal que les professeurs d’un étudiant puissent être si facilement dupés ? Ne peut-on pas penser qu’un suivi régulier du jeune par son superviseur amènerait ce dernier à être capable de déterminer si tel travail rédactionnel est issu de la main de son élève ou non ? Tel devrait être le cas. Renforcer la collaboration et les interactions entre l’étudiant et le monde professoral s’avère nécessaire.

Il importe que les Universités et Hautes Ecoles œuvrent pour réinsuffler du sens dans l’exercice que constitue la conception de TFE ou de mémoires. Mettre l’accent sur la finalité de ce travail, de même que se montrer davantage disponible auprès de chaque étudiant devraient être des objectifs figurant sur la « to do list » des facultés. Pour ce faire, un accompagnement individualisé, axé sur le dialogue et des échanges constructifs, devrait remplacer la « pseudo aide » parfois actuellement proposée aux étudiants : superviseur injoignable, délais d’attente de réponses excessivement longs, critique non constructive, etc. Dans cette optique, rien d’étonnant à ce que certains perçoivent le TFE comme une corvée, et pire, se perçoivent eux-mêmes comme un numéro aux sein d’une institution où ils sont noyés dans la masse.

L’incontournable cote…

Dans un article intitulé « Ghostwriting : le marché de la triche », on peut lire que : « Michelle Bergadaà, Professeure à l’Université de Genève (…) pointe du doigt un système académique où : « [les] étudiants sont scotchés à la note » au détriment du savoir. » [4] Ainsi, chez Couples et Familles, nous pensons que l’intérêt pour le savoir devrait reprendre sa place sur le devant de la scène. Comment ? En stimulant la curiosité des jeunes ; en faisant en sorte qu’ils s’intéressent dès l’enfance à la société et au monde dans lequel ils évoluent. En outre, le système de cotation pour le mémoire pourrait, pourquoi pas, être aboli, afin de laisser place à un autre type de gratification comme la possibilité, pour les élèves ayant défendu des TFE de qualité, de décrocher un stage ou un CDD (voire CDI) au sein d’une institution touchée par la thématique présentée. Un pied dans le marché du travail parait constituer une récompense bien plus sensée qu’un grade académique, qui, si élevé soit-il, ne garantit pas l’accès à l’emploi… objectif final de tout parcours scolaire. Le travail de fin d’études (réussi) marquerait ainsi le passage assuré du milieu scolaire vers le milieu professionnel ; et à ce titre, constituerait une étape clé que chaque étudiant aurait à cœur de réussir (par lui-même).

Enjeux sous-jacents

Bref, acheter un travail de fin d’études revient quasiment à acheter son diplôme ; l’indispensable « clef » permettant d’accéder à la profession convoitée. Mais si mal acquis, ce papier peut indiscutablement faire des ravages. Effectivement, supposé être exclusivement remis aux étudiants capables de maîtriser les compétences enseignées, le diplôme peut donc parfois se voir délivrer à des personnes dont le bagage n’est pas suffisant pour espérer étinceler dans le milieu professionnel…

Quelles seront les conséquences à long terme de cette infiltration de travailleurs incompétents – ou tout du moins, non méritants – sur le marché de l’emploi ? Probablement une profusion d’employeurs dupés, de clients mécontents, de patients insatisfaits, etc. La liste est longue. L’utilisation du mensonge et de la malhonnêteté pour arriver à ses fins ne date pas d’hier, mais ne devrait-on pas plutôt espérer que notre société valorise les efforts, de même que la persévérance, et s’attèle en parallèle à condamner fermement la tricherie pure et simple ?

Les valeurs transmises aux enfants, dès leur plus jeune âge, auront un impact certain sur la façon dont ils mèneront leur barque. Dans cette perspective, le rôle de la famille, et surtout des parents s’avère cruciale. Si nous souhaitons que la droiture caractérise la société de demain, c’est dès aujourd’hui qu’il convient d’agir. Corruption, fraude, pot de vin… Il est grand temps d’œuvrer pour que le paysage belge se déleste de ces maux. Mais de quelle façon ? En préparant les enfants, adultes de demain, à devenir des citoyens responsables, porteurs de valeurs nobles. [5]

 


Pour aller plus loin :

Nous avons relevé pour vous plusieurs articles abordant la question du « marché des TFE » :

- Mémoire, TFE : Copier, c’est tricher ? In : http://www.moustique.be/.
- Les « nègres » toujours plus utilisés par les étudiants. In : http://www.20min.ch/.
- Faire écrire son mémoire par quelqu’un d’autre : la nouvelle mode. In : http://lapige.be/.
- Qui sont ces "nègres" qui écrivent le mémoire des étudiants désespérés ? In : https://www.rtbf.be/.
- Les écrivains fantômes sortent de l'ombre. In : http://www.lefigaro.fr/
- Une enquête, en trois parties, publiée sur : https://www.apache.be/.

En outre, nous vous conseillons le film « Baccalauréat » de Cristian Mungiu (2016) qui nous fait nous interroger sur la légitimité du recours à la tricherie…

 

 

 

 

 

 

 


 

[1] Acheter son TFE, une pratique courante dans le monde estudiantin. In : http://www.levif.be/. Consulté le 18 mai 2017.
[2] Esteban se fait payer au moins 1000€ pour rédiger des mémoires de fin d'année sur tous les sujets. In : http://www.rtl.be/. Consulté le 18 mai 2017.
[3] Acheter son TFE, une pratique courante dans le monde estudiantin. In : http://www.levif.be/. Consulté le 18 mai 2017.
[4] Ghostwriting : le marché de la triche. In : http://www.larticle.ch/. Consulté le 18 mai 2017.
[5] Analyse rédigée par Audrey Dessy.