Analyse 2017-27

La question posée dans le titre est légèrement provocatrice mais en regard des évènements relatés dans l’actualité cet été, il nous paraissait indispensable de démystifier ces organisations que sont les mouvements de jeunesse.

Une photo qui fait mauvaise presse

En juillet dernier, une photo prise par une habitante de la province du Luxembourg a fait le tour des réseaux sociaux et des journaux. On pouvait voir sur cette photo quelques bières sur le sol d’une intendance scout. Sans plus d’informations sur la situation, les spéculations allèrent bon train : « Ces chefs scouts ne sont pas responsables », « ils ne se lèvent pas pour s’occuper des enfants », « ils manquent à leurs devoirs », « ils surconsomment de l’alcool, savent-ils encore réagir en cas de problème ? » … Ce qui a été vécu comme une alerte ou une indignation pour certains, a été perçu comme une attaque envers le scoutisme pour d’autres. Très vite, le débat s’est enflammé et s’est résumé à  « Pour ou contre le scoutisme ? ». Les arguments se sont multipliés et les dénonciations aussi. Aujourd’hui, les idées reçues pullulent au sujet des mouvements de jeunesse ; c’est pourquoi « Couples et Familles » a souhaité déconstruire les nombreux a priori sur la question afin que chacun puisse s’en faire un avis éclairé.

Une organisation de jeunesse qui a le vent en poupe

Le service de la jeunesse de la fédération Wallonie-Bruxelles propose différentes organisations de jeunesse. Toutes « s’adressent à un public majoritairement composé de jeunes de moins de 30 ans et qui contribuent au développement par les jeunes de leurs responsabilités et de leurs aptitudes personnelles. Elles visent à les rendre citoyens, responsables, actifs et critiques au sein de la société (C.R.A.C.S) » [1]. 

Parmi ces organisations de jeunesse se trouvent les mouvements de jeunesse, ceux-ci sont les plus connus et les plus visibles en Belgique francophone. En effet, près de 110 000 jeunes s’investissent dans les mouvements de jeunesse en communauté française [2]. De plus, la Belgique est le pays d’Europe dans lequel les mouvements de jeunesse sont les plus développés.

Cinq fédérations de mouvements de jeunesse sont reconnues par la fédération Wallonie Bruxelles : les Guides catholiques de Belgique, les Scouts, les Faucons rouges, le Patro et les Scouts et Guides pluralistes [3]. Leur objectif est de fournir des activités centrées « sur le «vivre ensemble» et sur des activités collectives conçues par et pour les jeunes; ils centrent leurs pratiques sur la construction d'attitudes, de savoirs et de compétences par l'action, la vie quotidienne avec les pairs, la mise en œuvre d'un projet pédagogique permanent d'animation. » [4]

Des jeunes en uniforme

Parmi les cinq fédérations de mouvements de jeunesse francophones se trouvent différentes unités. Celles-ci représentent des sous-groupes locaux au sein d’une ville, d’un quartier ou bien d’un village. Chaque fédération se distingue par son uniforme et chacune des unités par la couleur de son foulard. L’uniforme permet ainsi d’offrir un sentiment d’appartenance à un groupe mais aussi de gommer les différences sociales au sein du groupe afin que chacun puisse se sentir inclus.

De qui est composée une unité ?

Chacune de ces unités comprend des jeunes animés, des animateurs et des chefs d’unité.

Les enfants (4 à 18 ans) qui bénéficient d’animations sont répartis en groupe selon leur âge de sorte que les activités proposées suivent une pédagogie adaptée à leur développement. Ces groupes sont dénommés différemment en fonction de la fédération dans laquelle l’enfant est inscrit (baladins, nutons, louveteaux, lutins, scouts, guides…) [5].

Les animateurs (16 à 30 ans) sont des jeunes désireux de donner de leur temps, bénévolement, pour encadrer des plus jeunes pendant les weekends durant toute l’année scolaire. Pour ce faire, ils sont vivement encouragés à suivre des formations proposées par les différentes fédérations. Ces animateurs forment un « staff » d’animateurs et se chargent de réaliser des jeux ludiques pour les enfants. Qui plus est, ils préparent également un camp d’été durant lequel les enfants peuvent expérimenter un séjour en collectivité en dehors du nid familial. Que ce soit durant le camp ou durant l’année, les animateurs apprennent également à gérer un budget ainsi qu’à récolter des données administratives (inscriptions des enfants, assurances, fiches santé…) permettant le bon déroulement de leur mission.

Les chefs d’unités sont des parents, des anciens animateurs ou encore des personnes externes qui souhaitent s’investir dans les mouvements de jeunesse. Ils veillent à garantir une cohésion de groupe et une qualité d’animation tout au long de l’année au sein de l’unité. Ils soutiennent les jeunes animateurs dans leur apprentissage de l’animation, dans leur réalisation de camp, et font le relais entre les animateurs et les parents d’animés lorsque cela s’avère nécessaire.

Les mouvements de jeunesse, un lieu d’apprentissage…

La particularité des mouvements de jeunesse est qu’ils sont un lieu d’apprentissage de la vie en société sans en avoir l’air.

Avec des jeux « anodins » de groupe, en pleine nature ou même en ville, les jeunes apprennent à vivre en groupe, à régler leurs conflits pour mieux collaborer, à partager, à faire preuve de tolérance aux différences et à respecter l’environnement qui les entoure.

Ils apprennent aussi à prendre soin des plus fragiles. Par exemple, chez les loups (animés de 8 à 12 ans) et les scouts (animés de 12 à 16 ans), les enfants sont répartis en sizaines ou en patrouilles (petits groupes de 6 à 8 enfants). Au sein de ces groupes, sont nommés un « sizenier » ou un « chef de patrouille » et un « second » qui sont les chefs de leur groupe. Ce sont en général les enfants les plus âgés du groupe. Ils sont responsables des plus jeunes de leur sizaine ou patrouille et doivent veiller entre autre au bien-être de ceux-ci dans le groupe.

Les valeurs de solidarité leur sont également inculquées. Il n’est pas rare de voir des scouts (12-16 ans) récolter des vivres pour les plus démunis ou encore, des pionniers (jeunes de 16 à 18 ans) s’atteler à différents petits boulots afin de récolter suffisamment d’argent pour partir en mission humanitaire.

Cet apprentissage vécu dans la vie associative est différent de celui que les jeunes peuvent rencontrer à la maison ou encore à l’école. Ils ont la possibilité grâce à une approche par le jeu d’expérimenter, d’innover, de proposer, d’échouer, de recommencer et de se dépasser. Ils découvrent leurs ressources et apprennent à vivre en communauté avec leurs forces et leurs faiblesses. Ils deviennent plus responsables et plus autonomes.

…non dénué de règles…

Même si l’apprentissage se veut pour la plupart du temps implicite, les règles sont, quant à elles, bien explicites.

Comme tout autre organisme accueillant des enfants, les mouvements de jeunesse sont soumis au contrôle de l’ONE et se doivent d’être conformes au code de qualité en vigueur. Ils répondent également à un cadre juridique effectif à savoir au décret « Organisation de jeunesse » de la communauté française du 20 juin 1980 ainsi qu’au décret de la communauté française du 17 mai 1999 relatif aux centres de vacances.

En outre, chacune des fédérations a établi une loi interne à respecter par chaque participant (chef d’unité, animateur, animé) au sein du mouvement de jeunesse. Par exemple chez les scouts, cette loi comporte dix points.

Quant aux animateurs, ils signent une charte propre à leur fonction d’animateur. Dans cette charte est recensé tout ce qui est attendu d’un animateur pendant la période d’animation. Les chefs d’unité ont connaissance de cette charte et veillent à ce que les animateurs la respectent. Selon l’unité, cette charte est soit imposée aux animateurs, soit co-rédigé par les animateurs et les chefs d’unités.

Plusieurs balises sont mises en place pour assurer la vie en collectivité en toute sécurité. Néanmoins lorsque certaines règles ne sont pas respectées (par exemple : le mésusage de l’alcool pendant les temps d’animation), les animateurs doivent répondre de leur acte par une sanction émise par la fédération. L’objectif étant également de poursuivre l’éducation de ces animateurs/jeunes en les faisant prendre leur responsabilité face à l’erreur qu’ils ont commise et en leur réexpliquant le sens des règles enfreintes.

…ni de démocratie

Les mouvements de jeunesse sont une expérimentation de la démocratie. Dès leur plus jeune âge, les enfants sont amenés à vivre dans une collectivité qui est encadrée par des animateurs et des chefs d’unité. Ces chefs d’unité au même titre que nos dirigeants dans la société, doivent présenter un programme concernant leur investissement dans la vie du mouvement. C’est sur base de ce programme que les animateurs élisent ceux qui seront présents pour les encadrer et les soutenir dans le mouvement.

La démocratie est aussi présente dans la prise de décisions au sein des mouvements de jeunesse. En effet, un conseil d’unité se tient lorsqu’il est nécessaire de prendre une décision qui concerne l’ensemble du groupe. Au cours de ce conseil d’unité, les chefs d’unités et les animateurs se réunissent pour en discuter et voter librement ce qui a lieu d’être mis en place.

Les mouvements de jeunesse, une action positive à encourager

Pour « Couples et Familles », les mouvements de jeunesse, comme toute autre organisation de jeunesse, constitue un réel apport pour les familles. Il s’agit d’une éducation à part entière et complémentaire à celle apportée par l’école et les parents. Elle offre aux enfants et aux jeunes un soutien dans leur développement personnel, les aide à développer un esprit critique et leur apprend ce qu’est être un citoyen actif. « Couples et familles » soutient les valeurs du scoutisme à savoir : la solidarité, l’implication volontaire dans une association, la tolérance, le partage, le respect des individus et de l’environnement. C’est l’assimilation de ces valeurs qui favorise l’émergence de toute démocratie.

Quant à la question « Quels risques encourrais-je à inscrire mon enfant aux mouvements de jeunesse ? »,  pour « Couples et Familles » ils sont les mêmes que dans toute structure d’éducation. Il est certain que ces mouvements de jeunesse restent avant tout une organisation de jeunesse organisée pour et par les jeunes, ce qui explique (mais ne justifie pas !) que certains dérapages aient pu avoir lieu. Cependant, tout est mis en œuvre pour favoriser de beaux moments d’échanges et de partage de manière volontaire et responsable. Des lois, des règles, des sanctions et des échanges avec des plus âgés ont pour but de faire entendre les comportements à privilégier en société. Des visites sur les lieux de rassemblement et lors des camps par les chefs d’unité ont pour but de veiller au bon déroulement de celui-ci. C’est pourquoi « Couples et Familles » souhaite que l’on ne réduise pas l’ensemble des mouvements de jeunesse à quelques rares situations problématiques médiatisées. 

Néanmoins, ces situations existent et elles soulèvent de multiples questions à approfondir: «Comment éduquer le jeune à une consommation d’alcool responsable ? », « En quoi la consommation d’alcool chez les jeunes ne représente-t-elle pas la manière dont consomment ses aînés ? », « Quel est le poids sociétal de la culture et des pratiques ambiantes dans cette consommation d’alcool ? »… [6]

 

 

 

 

 


 

[1]  Les organisations de jeunesse in http://www.servicejeunesse.cfwb.be/ (consulté le 7 août 2017)
[2] « Les communes et les mouvements de jeunesse, une relation gagnante. », Actes de la conférence organisée le 10 février 2011 par les cinq mouvements de jeunesse reconnus de la Fédération Wallonie‐Bruxelles, p 4.
[3] Inscrire mon enfant à un camp des mouvements de jeunesse In http://www.federation-wallonie-bruxelles.be/
[4] Les organisations de jeunesse in http://www.servicejeunesse.cfwb.be/ (consulté le 7 août 2017)
[5] Pour aller plus loin : Pierard Alice, Les mouvements de jeunesse dans le processus de socialisation du jeune Analyse UFAPEC 2014 n°19.14
[6] Analyse rédigée par Aurelie Degoedt.