Analyse 2017-25

N’y aurait-il pas, en cette fin de mois d’août, comme une agréable odeur de rentrée scolaire dans l’air ? Septembre approchant à grands pas, il ne faudra désormais plus attendre que quelques jours – ou quelques « dodos », comme disent parfois les enfants – avant que nos chères petites têtes blondes, équipées de l’attirail du parfait petit écolier [1], ne reprennent le chemin de l’école.

Mais, aujourd’hui, l’école ne recouvre plus une seule et unique réalité. Qu’elle est loin, l’époque des pupitres inconfortables, de l’incontournable vieux tableau noir en bois, de l’instituteur – règle à la main –  perché sur son estrade, des encriers et du bonnet d’âne. Bientôt, peut-être en dirons-nous autant de la pédagogie qui est actuellement d’application dans la plupart des écoles du pays, car nombreuses sont les alternatives qui émergent et se mettent ainsi à disposition des familles.

La pédagogie active : petit tour d’horizon

La pédagogie active ne date pas d’hier, mais de plus en plus d’écoles semblent disposées à s’inscrire dans cette vision « révolutionnaire » de l’enseignement où l’enfant est stimulé, encouragé à développer son autonomie et à se montrer respectueux d’autrui. [2] Le directeur de l’école Singelijn à Bruxelles explique, dans un article publié sur le site de l’école primaire, que pour que les enfants apprennent, il faut susciter leur intérêt ; ce que permet la pédagogie active. De plus, elle fait de l’élève un véritable acteur de son apprentissage personnel, mais également de la vie de l’école. Il ajoute que ce type d’enseignement permet de donner du sens à ce que l’enfant fait. Les choses ne sont donc pas simplement faites parce que le programme le demande... En outre, plus question ici de compétition, mais bien de coopération. [3]

Remarquons qu’il semblerait que la motivation des élèves soit également au cœur de la réforme de l’enseignement. En effet, le premier axe stratégique du Pacte pour un enseignement d’excellence s’y intéresse de près ; il s’agit d’ « enseigner les savoirs et compétences de la société du 21ème siècle et (de) favoriser le plaisir d’apprendre, grâce à un enseignement maternel renforcé, à un tronc commun polytechnique et pluridisciplinaire et à un cadre d’apprentissage révisé et reprécisé. » [4] Le plaisir d’apprendre, l’apanage de la pédagogie active, se retrouvera donc bientôt – en principe – au sein de l’enseignement « classique » (où, d’après le point de vue de nombreux élèves, il se trouvait par ailleurs peut-être déjà…) Néanmoins, les choses s’officialisent.

Toutefois, la pédagogie active se démarque assez de l’enseignement « traditionnel » dans la mesure où les « points » et les devoirs quotidiens en sont exclus. Chaque enfant est différent. Chacun a des matières de prédilection et des domaines où cela s’avère plus compliqué d’étinceler. Dans le cadre de la pédagogie active, cela ne pose pas de problème. On pourrait même dire qu’il s’agit de quelque chose de « normal ». L’enfant est encouragé à développer ses performances dans ce qu’il aime et à « aller plus loin dans (ses) difficultés, sans jugement » précise le directeur de l’école Singelijn dans l’article publié sur le site de son établissement. [5]

L’école à la maison

Dans certaines familles, l’école se fait tout simplement… dans le salon. Entre 2010 et 2015, l’école à la maison affichait une hausse de 50%. [6] Pourtant l’ancienne ministre de l’Enseignement souhaitait que cette alternative ne concerne pas qui veut mais bien les élèves pour qui se déplacer s’avérerait particulièrement compliqué par exemple, comme ceux touchés par une maladie. [7] 

Toutefois, comme la Constitution prévoit « la liberté de choisir comment instruire ses enfants » [8], l’école à la maison est une option que peuvent envisager tous les parents. La démarche est simple, il leur suffit de compléter un formulaire de déclaration d’enseignement à domicile. Nul besoin donc de détenir certaines compétences spécifiques en matière de pédagogie… Néanmoins, des inspections de contrôle seront ensuite prévues et si elles s’avèrent insatisfaisantes, il se peut que les parents se voient alors contraints d’inscrire leur enfant dans une école. [9]

L’école à la maison et la pédagogie active ne sont pas incompatibles. Les établissements scolaires où ce type d’enseignement est mis en place peuvent parfois présenter un coût qui pourrait dissuader certaines familles d’y inscrire leurs enfants. [10] Qu’à cela ne tienne, les parents peuvent choisir de recourir eux-mêmes à ce type de méthodes dans le cadre de l’enseignement à domicile. Toutefois, une formation semble s’imposer car même un diplôme d’instituteur ne garantit pas une maîtrise des compétences qui s’inscrivent dans le champ de la pédagogie active. [11]

Le choix des parents : pas toujours une évidence

Face à la multiplicité des « types d’écoles », il n’est pas toujours évident pour les parents de choisir celui qui prendra en charge l’instruction de leurs enfants. Ce choix peut se révéler d’autant plus cornélien lorsqu’il y a divergence d’opinion au sein du couple…

« Plus il y aura d'offres sur le marché, mieux ce sera pour les parents mais aussi pour les enfants. » [12] affirme Pierre Tempelos, président de l'ASBL Ecole Secondaire Plurielle, dans un article publié sur rtl.be. Alors, même si l’élargissement de l’offre éducative paraît une bonne chose, elle risque de s’avérer source de désaccords, voire de conflits entre les deux parents. Communication et compromis se devront d’être au rendez-vous pour parvenir à une prise de décision. L’établissement d’une liste des « pour » et des « contre », semble constituer, pour Couples et Familles, un précieux outil à utiliser dans pareille situation. Cette liste permettra aux familles indécises d’y voir plus clair quant à ce que propose chaque établissement : philosophie de l’école, coût, horaire…

Couples et Familles considère qu’à partir du moment où le choix a été pris dans l’intérêt de l’enfant, il s’agit d’un bon choix ; toutes les « écoles » présentant incontestablement des avantages, mais aussi des inconvénients.

Il est reproché au système « traditionnel » un enseignement magistral ; une position « passive » des élèves, « condamnés » à écouter leur instituteur leur dispenser son savoir… La pédagogie active quant à elle, laisse davantage de place à l’enfant en lui laissant choisir son emploi du temps et faisant en sorte que l’enseignant « reste en retrait, disposé à fournir à l’élève les informations nécessaires » [13] Comme l’enfant se sera totalement impliqué dans une activité, il pourra donner du sens à ce qu’il aura appris et qui plus est, le retenir plus aisément. Il n’en reste pas moins que « l’enseignement classique » peut permettre à bon nombre d’élèves de parfaitement s’épanouir. Selon Couples et Familles, un instituteur dévoué et impliqué arrivera, dans la plupart des cas, à intéresser les enfants et à leur donner le goût d’apprendre… En outre, même si les contrôles ne vont pas sans une cotation, celle-ci ne doit pas nécessairement faire en sorte d’impliquer les élèves dans un système compétitif. Il revient donc à l’instituteur, mais aussi aux parents, d’attribuer à la note une finalité utile – à savoir : déterminer les éléments pas ou mal acquis par l’élève et sur lesquels il sera bon de retravailler – plutôt que de la réduire à un chiffre qui risque d’être source de souffrance et de compétition.

Pour ce qui est de la pédagogie alternative, on peut craindre qu’avec l’absence de devoir et la liberté dans l’agencement de son « planning », l’enfant ne soit pas habitué au travail à domicile. Il risque d’y avoir un certain « choc » lorsque celui-ci se retrouvera dans l’enseignement secondaire, puis supérieur, et où il lui sera demandé de réaliser divers travaux en dehors des heures de cours… sans parler des innombrables heures d’études indispensables, chez la plupart des étudiants, pour obtenir leur diplôme.

En ce qui concerne l’enseignement à domicile, c’est évidemment la question de la sociabilisation qui est en jeu. Certes, l’enfant peut évoluer à son rythme et bénéficier de certaines méthodes pédagogiques des plus porteuses ; mais qu’en est-il des apprentissages qui s’effectuent par le contact avec les pairs ? L’inscription de l’enfant à un club de sport ou à des activités culturelles pourra certainement remédier à cette tare ; mais l’enfant ne sera-t-il pas légèrement exclu lorsque ses coéquipiers auront pour sujet de conversation leur journée d’école et les « bêtises » qu’ils ont réalisées avec leurs copains de classe ?

Le système parfait n’existe pas

Ce sont les parents les mieux placés pour juger quel système est susceptible de répondre aux besoins de leur enfant. Pour Couples et Familles, même s’il est indéniable que la pédagogie active semble pleine de promesses et que le concept a véritablement de quoi séduire, nous pensons que l’enseignement « classique » n’est pas pour autant à mettre au rebut ; certains enfants peuvent s’y sentir comme des poissons dans l’eau. En outre, comme le pacte pour un enseignement d’excellence vise à favoriser le plaisir d’apprendre, l’école traditionnelle est bel et bien amenée à évoluer ; et ce, de façon positive.

En cette rentrée scolaire, Couples et Familles appelle les parents à rester à l’écoute de leurs enfants, à les rassurer si ceux-ci se sentent stressés par ce retour sur les bancs de l’école, et à ne surtout pas leur mettre une dose de pression supplémentaire sur les épaules. Au placard les stages de pré-rentrées et autres apprentissages anticipés…

L’année scolaire entamée, il serait aussi bon que les parents prennent le temps de s’intéresser à la journée d’école de leur enfant ; et ce, de façon quotidienne. Ainsi il sera aisé de déterminer si l’enfant est épanoui dans son environnement scolaire ; et s’il n’en est rien, agir pour remédier à la situation. [14]

 

Pour aller plus loin :

- Les écoles alternatives : la solution ? Analyse 2016-10 de Couples et Familles.
- Ecole 2.0 : apprentissages autonomes et cadre démocratique, Romain Gauthier, TEDxUNamur (le 22 février 2017). In : https://www.youtube.com/watch?v=RtbQJOin2Ao.
- 4 keys to re-invent a school connected to life, Régis Falque, TEDxUNamur (le 22 février 2017). In : https://www.youtube.com/watch?v=96gWCsQpNQI.

 

 

 

 

 


 

[1] Les fournitures scolaires étaient déjà mises en évidence dans les rayons des papeteries et autres grandes surfaces avant même que les vacances ne commencent pour ainsi dire. Couples et Familles s’est attardé sur ce phénomène dans une analyse : La famille et son rapport au temps. Analyse 2017-19.
[2] La pédagogie active, l'enseignement de demain ? In : http://www.levif.be/. Consulté 22 août 2017.
[3] La pédagogie active, l'enseignement de demain ? |Ecole Singelijn. In : http://www.ecolesingelijn.be/. Consulté le 22 août2017.
[4] Pacte pour un enseignement d’excellence. Avis n°3 du Groupe central, 7 mars 2017.
[5] La pédagogie active, l'enseignement de demain ? |Ecole Singelijn. In : http://www.ecolesingelijn.be/. Consulté le 23 août2017.
[6] L’école à la maison : hausse de 50% en seulement 5 ans. In : http://www.lalibre.be/. Consulté le 23 août 2017.
[7] Ibid.
[8] Ibid.
[9] De plus en plus de parents font l’école à la maison. In : https://www.laligue.be/. Consulté le 23 août 2017.
[10] Les pédagogies actives : pourquoi ça marche. In : http://www.enseignons.be/. Consulté le 23 août 2017.
[11] Des écoles de pédagogie active ouvrent leurs portes pour la rentrée : le concept a-t-il déjà convaincu les parents ? In : http://www.rtl.be/. Consulté le 23 août 2017.
[12] Ibid.
[13] Les pédagogies actives : pourquoi ça marche. In : http://www.enseignons.be/. Consulté le 24 août 2017.
[14] Analyse rédigée par Audrey Dessy.