Analyse 2017-18

En plein dans la saison des festivals, c’est selon nous le bon moment pour d’une part, pointer les dérives que certaines personnes osent se permettre dans cet « univers à part » et dont on entend pour ainsi dire pas – ou seulement très peu – parler ; et d’autre part, pour aborder cette thématique sous l’angle de la famille.

« Love is everywhere » aurait-on tendance à penser en baignant dans cette atmosphère détendue propre aux festivals… Musique en tout genre, convivialité, sourire affiché sur tous les visages en extase devant les shows offerts par une brochette de vedettes en folie. Bref, c’est la fête ! Et on ne voit pas comment ces trois ou quatre jours de festivités pourraient être gâchés ; si ce n’est peut-être par la consommation (abusive) d’alcool ou de drogue de certains, mais ça, c’est un autre débat. [1]

Agressions sexuelles et viols

Les festivals ont une sorte de face cachée, et pour qui y est confronté, ces « petits paradis sur terre » se transforment alors en un véritable enfer. En effet, ceux-ci peuvent parfois constituer « un nid à agressions sexuelles » qui fait de chaque festivalière une victime potentielle d’actes ou de propos déplacés.

Loin d’être isolées, ces pratiques risquent de devenir monnaie courante si elles ne donnent suite à aucune réaction digne de ce nom, comme par exemple l’annulation du festival.

Même si extrême, c’est cette mesure que les organisateurs du festival Bråvalla – le plus grand festival de musique en Suède – ont décidé d’appliquer suite aux multiples agressions recensées cette année lors du festival, de même que lors de l’édition 2016 de celui-ci. [2] Entre fin juin et début juillet 2017, environ 45 000 personnes étaient au rendez-vous. Objectif : passer un moment musical entre amis. Dans les faits, cette manifestation s’est soldée par le dépôt de quatre plaintes pour viol et vingt-trois plaintes pour agression sexuelle. [3] Bilan affolant auquel s’ajoutent à n’en pas douter de nombreux faits similaires pour lesquels aucune démarche de la part de la victime n’a été entreprise.

Le communiqué des organisateurs est sans équivoque : « Certains hommes, car ce sont des hommes dont on parle ici, ne peuvent manifestement pas se comporter correctement. C’est une honte. C’est pourquoi nous avons décidé de ne pas rééditer Bråvalla en 2018. » [4]

Qu’en est-il en Belgique ?

Aucune raison que la Belgique fasse exception. Oui, les festivals belges constituent probablement aussi un terreau pour les agressions sexuelles. Pourquoi ? Car tant qu’on ne mettra pas ces incidents sous le feu des projecteurs, ceux-ci continueront à être minimisés, ou même niés, et donc à se perpétuer.

Un article publié sur Parismatch.be se focalise sur la situation belge. La lecture de celui-ci donne des sueurs froides. Même si le phénomène n’est pas chiffré, le flux de témoignages en dit long. Attouchements, embrassades d’inconnus (qui plus est sur des parties « intimes » du corps), insultes, mesure des shorts des festivalières à l’aide d’un mètre ruban, frotteurisme, etc. [5] : le festival n’est probablement pas vécu de la même façon en fonction que l’on soit un garçon ou une fille. Pourtant tous espèrent passer un moment festif… mais pour certaines, c’est la peur au ventre qu’elles subiront « la fête ». Pétrifiées suite à ces actes malsains et banalisés, difficile de réagir. Dans l’un des témoignages présentés sur Parismatch.be, une festivalière affirme même ne pas avoir « osé déranger » la sécurité… [6]

Pourquoi Couples et Familles se penche sur cette question ?

Parce qu’il nous semble indispensable que ces faits soit connus de tous. Aussi petite est notre association, Couples et Familles constitue bel et bien une tribune dont nous espérons qu’elle puisse contribuer un tant soit peu à la levée du tabou qui enrobe ces comportements révoltants depuis bien trop longtemps.

Parce qu’il est urgent d’agir au niveau préventif pour éviter une banalisation pérenne de pareils comportements. Comment ? Presque comme toujours, par une éducation au respect d’autrui qui doit se faire dès l’enfance et ce, notamment dans la sphère familiale. En outre, les politiques publiques ont également leur part de responsabilité : il est temps de prendre des mesures pour que les femmes ne soient plus constamment considérées inférieures aux hommes (en œuvrant pour la mise en place de l’égalité des salaires par exemple) ainsi que pour « désexualiser » la gente féminine (en régulant davantage les campagnes publicitaires, maître en la matière pour présenter la femme davantage comme un objet sexuel ou domestique – au choix – que comme une personne non stéréotypée). Il est plus que temps de faire évoluer les mentalités.

Parce que notre lectorat comporte de nombreux parents et qu’il nous semble opportun de les informer quant à la réalité des festivals afin qu’ils aient eux aussi l’occasion d’agir au niveau préventif auprès de leurs (grands) enfants. En rappelant aux filles que leur corps leur appartient et qu’elles ont le droit de se défendre [7] ; et en faisant comprendre aux garçons que les règles de savoir-vivre s’appliquent aussi en festival…

Il est également primordial d’apprendre aux jeunes comment réagir lorsqu’ils sont témoins de situations douteuses : sortir du rôle de spectateur ; intervenir. Dans un article intitulé « Safer Spaces : les festivals britanniques s'engagent contre les agressions sexuelles » mis en ligne sur le site touslesfestivals.com, plusieurs pistes pour « débanaliser » les comportements inappropriés sont exposées. « Ne soyez pas spectateur. Faites venir la sécurité, signalez-les. Demandez aux gens s'ils vont bien. Si votre pote est en train de mettre quelqu'un mal à l'aise, confrontez-le. Ne les encouragez pas. Gardez vos mains près de votre corps. Si quelqu'un dit "non", cela veut bien dire non. » [8] explique Renae Brown de l'Association of Independent Festivals à l’origine d’une campagne de lutte contre le harcèlement sexuel en festivals.

Outre les festivaliers, les organisateurs ont également un rôle non négligeable à jouer pour enrayer ce fléau. Mais comment ? Par exemple, en Suède, le Premier ministre est en faveur de l’utilisation de la vidéo-surveillance. [9] Mais cette mesure comporte pas mal de failles : elle consiste d’avantage à faciliter la recherche de l’auteur des faits plutôt que d’éradiquer le harcèlement sexuel des festivals…

En Grande-Bretagne, des actions qui vont dans ce sens ont été entreprises par une soixantaine de festivals. Ceux-ci ont signé une charte où il est question de tolérance zéro en matière de violence sexuelle. Concrètement, ils se sont engagés à former les membres de leur personnel ainsi que les bénévoles afin qu’ils soient opérationnels aussi bien sur le volet préventif que « réactif » de la question. En effet, il est nécessaire qu’ils sachent quoi faire si agression sexuelle il y a eu. [10] Être pris au dépourvu face à une victime qui sollicite leur aide n’est aucunement envisageable.

Sortie familiale en festival : la fausse bonne idée ?

Heureusement, tous les festivaliers ne sont pas automatiquement confrontés aux dérives précédemment citées. Pour la plupart des gens, les festivals sont synonymes de festivités estivales, de bonne humeur, de moment convivial à partager entre amis… et parfois en famille. Est-ce une bonne idée ?

D’abord, il convient de préciser que tous les festivals ne sont pas à mettre dans « le même panier ». Si certains se prêtent volontiers à la « sortie en famille », accueillant par exemple en leur sein des chanteurs ou chanteuses à la mode dont les enfants sont fans, alors oui, les enfants ont leur place dans ces festivités (sous surveillance parentale pour les plus jeunes, évidemment, étant donné l’ampleur de ce genre d’évènement).

Par contre, d’autres festivals ne sont absolument pas propices « aux excursions familiales ». Les parents devraient vraiment s’informer au préalable afin de savoir où ils comptent mettre les pieds. Le mieux étant peut-être même qu’ils expérimentent une fois le festival en question sans être accompagnés de leur(s) enfant(s) afin qu’ils se fassent une idée de l’environnement dans lequel se déroulent les festivités. À eux ensuite de se fier à leur bon sens pour déterminer si oui ou non, il serait sain d’y emmener leur progéniture.

Qui plus est, il est une catégorie de personnes pour qui il est vivement recommandé d’éviter tous les festivals de musique, peu importe le « degré de débauche » que celui-ci présente : les femmes enceintes. Effectivement, après quelques semaines de grossesse seulement, l’enfant à naître présente des oreilles développées. Même si « à l’abri » dans le ventre de sa mère, la paroi abdominale de la maman n’est en fait pas suffisante pour le protéger du bruit. [11] Dès lors, pour éviter que les bébés ne présentent des problèmes d’audition à la naissance, les futures mamans devraient être sensibilisées au risque qu’elles encourent en se rendant dans les manifestations musicales.

Pour conclure

Bref, famille et festivals ne sont pas forcément incompatibles mais bon nombre d’entre eux sont néanmoins déconseillés aux plus jeunes étant donné l’omniprésence d’une désinhibition fortement susceptible de choquer les moins aguerris.

Cependant même si les comportements un peu « olé-olé » sont acceptés, voire parfois recherchés, dans ces milieux festifs, il n’en reste pas moins que toutes les excentricités n’y ont pas leur place. Si la limite est franchie, il convient d’agir et de ne pas s’enfermer dans un mutisme qui renforcerait, par exemple, la banalisation des violences sexuelles. Si pour chaque acte inapproprié, une plainte était déposée, ou simplement, le service de sécurité sollicité, les festivals belges prendraient peut-être exemple sur leurs homologues britanniques afin de faire de la sécurité des festivalières une de leur priorité.

À quand une charte pour la tolérance zéro de ces agissements ? Couples et Familles estime que le plus tôt sera le mieux… [12]

 


Pour aller plus loin :

Un festival interdit aux hommes en réponse aux viols pendant Bråvalla 2017. In : http://www.madmoizelle.com/.

 

 

 

 

 

 

 

 


 

[1] Alcool et drogue faisaient l’objet d’une analyse rédigée par Couples et Familles en février dernier (notamment à l’occasion de la « tournée minérale ») : À quand un plan alcool qui tiendra enfin la route ? Analyse 2017-04 de Couples et Familles.
[2] Festival annulé en 2018 après des viols en série. In : http://www.20min.ch/. Consulté le 10 juillet 2017.
[3] En Suède, un festival annulé suite à plusieurs viols signalés. In : http://www.madmoizelle.com/. Consulté le 10 juillet 2017.
[4] Ibid.
[5] Agressions sexuelles : quand les festivals belges font l’autruche. In : https://parismatch.be/. Consulté le 10 juillet 2017.
[6] Ibid.
[7] À ce propos, il existe des guides qui expliquent aux filles comment réagir lorsqu’elles sont confrontées à de la violence. Par exemple : Echappez Belle ! – Guide pratique de sécurité pour femmes, Garance, 2015.
[8] Safer Spaces : les festivals britanniques s'engagent contre les agressions sexuelles. In : http://www.touslesfestivals.com/. Consulté le 11 juillet 2017.
[9] Une vague d'agressions sexuelles annule l'édition 2018 du Bråvalla. In : http://www.touslesfestivals.com/. Consulté le 11 juillet 2017.
[10] Safer Spaces : les festivals britanniques s'engagent contre les agressions sexuelles. In : http://www.touslesfestivals.com/. Consulté le 11 juillet 2017.
[11] "Les femmes enceintes devraient éviter les festivals" selon une étude. In : http://www.dhnet.be/. Consulté le 11 juillet 2017.
[12] Analyse rédigée par Audrey Dessy.