Analyse 2017-15

La fin de l’année scolaire n’implique pas nécessairement la mise au placard du cartable. Effectivement, afin d’éviter l’oubli de notions apprises durant l’année écoulée, voire même, afin d’essayer de combler des lacunes que l’enfant pourrait présenter dans certaines matières, rien de tel que des exercices à réaliser pendant les vacances, peuvent être tentés de penser de nombreux parents. Vraiment ? 

Une chose est sûre, les cahiers de vacances se vendent comme des petits pains. Alors que le marché du livre fait la moue, le chiffre d’affaire généré par les cahiers de vacances en 2014 s’élevait à vingt-cinq millions d’euros en France. Concrètement, cela équivaut à plus de quatre millions d’exemplaires vendus ; soit une tendance à la croissance révélait une enquête réalisée par GfK et publiée en juin 2015. [1]

Pourquoi un tel succès ?

Assez abordables – leur prix avoisinant souvent les six euros [2] – ces cahiers envahissent de multiples points de vente : de la librairie à la grande surface en passant par les stations-services [3], il est impossible pour quiconque faisant ses courses de passer à côté de ce « produit » destiné à occuper les enfants de façon intelligente.

Encerclés par ces cahiers, rien d’étonnant à ce que certains parents – indécis quant à la nécessité d’un tel achat – décident pourtant d’en faire l’acquisition car de prime abord, qu’y a-t-il de mal à vouloir faire faire des exercices scolaires à ses enfants ? A priori, se procurer ces cahiers relève davantage de l’acte du parent soucieux de l’avenir de son enfant que l’inverse. N’y aurait-il pas également une déculpabilisation du parent inhérente à ce type d’achat ? Maintenant, quant à savoir l’usage qui sera fait de ce cahier : aucune garantie que celui-ci ne soit ouvert plus d’une fois par l’enfant...

Quoiqu’il en soit, pour certain parents, la question des cahiers de vacances ne se pose pas tant il s’agit d’une évidence ; d’un impératif non négociable qui se répète d’années en années. Une sorte de rituel pouvant même s’être instauré : une heure de cahier en matinée ou x pages à compléter quotidiennement ; à chaque jour son objectif à atteindre.

Et puis, il y a aussi les enfants qui, tentés par les couvertures colorées et l’aspect ludique de ces « revues », en sont demandeurs (sans nécessairement réaliser qu’il s’agit d’exercices scolaires, ni sans intention de s’attarder un seul instant sur les matières qui les rebutent).

Ainsi de nombreuses raisons peuvent susciter un tel achat : l’envie pour certains parents d’être un « bon » parent, l’envie pour d’autres d’aider leur enfant à améliorer sa maîtrise de certains concepts qui lui posent problème, et l’envie pour les enfants de se distraire en percevant ces cahiers comme foisonnant, non pas d’exercices, mais de jeux. Soulignons que rares sont les enfants qui désireraient s’imposer la réalisation d’exercices en lien avec les matières qu’ils ont en horreur…

Dans un article publié sur lefigaro.fr, Cécile Labrot, Directrice du département parascolaire chez Hachette, mettait en évidence différents éléments susceptibles d’expliquer le succès des cahiers de vacances : entrainer la mémoire et permettre un moment de partage entre les parents et le jeune (dans la mesure où – évidemment –  la résolution d’exercices s’effectue sur base volontaire). [4]

À côté des « pour », pas mal de « contre »

Peut-on faire plus paradoxal qu’un « cahier de vacances » ? Pour bien des personnes, les vacances constituent un moment de repos bien mérité, l’occasion de « souffler ». Dans cette perspective, l’immixtion de l’école dans ce temps de pause parait incontestablement inadmissible.

Pourquoi encombrer les vacances de tensions et de disputes inutiles ? Pourquoi « gâcher ces moments de relation privilégiée où l’on a du temps à offrir » [5] ?

Généralement, parce que les parents craignent que les connaissances acquises par l’enfant au cours de l’année scolaire s’envolent si pas fréquemment sollicitées ou encore, que leur enfant n’ait pas le niveau… La revue « Psychologies » qualifie ces craintes de « compréhensibles mais non légitimes » [6] en expliquant que d’une part, les enfants qui ne présentent pas de difficulté particulière n’ont aucune raison d’oublier ce qu’ils ont acquis ; et que d’autre part, les enfants avec d’éventuelles difficultés risquent fortement de développer un dégout scolaire s’ils sont submergés d’exercices à réaliser pendant les vacances. [7]

Tout est dans la nuance

La Ligue des familles est d’avis que pour qu’un enfant soit « d’attaque » à la rentrée, il est primordial que celui-ci ait eu l’occasion de ne plus penser à l’école pendant les vacances. Chose qui s’avère quelque peu difficile quand l’enfant se voit contraint de passer par la case corvée « cahier de vacances ». Toutefois, l’un n’est pas l’autre. Si certains s’avèrent ennuyeux, il en existe d’autres plus « fun » qui proposent un contenu qui se rapproche assez du jeu. Dans ce cas, se laisser tenter semble envisageable, toujours selon la Ligue des familles, mais trois conditions sont à respecter : le maintien d’un cadre de détente, l’utilisation du cahier de façon ponctuelle (celui-ci ne doit nullement envahir tout le temps libre de l’enfant) et enfin, le parent ne doit aucunement se glisser dans la peau de l’enseignant. [8]

Couples et Familles adopte une position similaire : les cahiers de vacances peuvent avoir leur place dans la valise des enfants dans la mesure où ce sont eux – et non les parents – qui décident de l’emporter. Il convient que ceux-ci aient davantage valeur de passetemps éventuels que d’incontournable du planning journalier.

Remarquons aussi que les cahiers de vacances – même si leur utilisation pendant juillet et août suscite le débat – peuvent trouver une utilité certaine au cours de l’année scolaire en tant qu’outil de révision par exemple. Couples et Familles reconnait donc légitime la place des cahiers de vacances dans les rayons des magasins mais pour qu’il bénéficie à l’enfant (et à sa famille), il convient de s’en servir avec parcimonie.

Apprendre en vacances

Ce n’est pas parce que l’enfant est en vacances qu’il doit obligatoirement passer en mode « pause » et ne plus rien apprendre de neuf jusqu’au mois de septembre ; bien au contraire ! Les vacances constituent un moment privilégier pour apprendre autrement qu’à l’école ainsi que pour renforcer bon nombre de points de matière vus au cours de l’année scolaire écoulée ; et ce, de façon « insidieuse ». Par exemple, sur les marchés, aider papa et maman à compter la monnaie rendue par le marchand de melons ou de savons artisanaux équivaut à travailler sur des notions d’arithmétiques. Il en va de même lorsque le jeune aidera ses parents à la préparation du repas : peser les ingrédients, convertir des millilitres en centilitres, etc.

En outre, les visites de musées et autres excursions en tout genre peuvent tout à fait contribuer à enrichir les savoirs et les savoir-faire des enfants, tout comme leur savoir-être d’ailleurs. Il parait évident que la visite de lieux culturels leur apportera pas mal de nouvelles connaissances. Mais qu’en est-il des parcs attractions ou autres endroits entièrement dédiés à l’amusement ? Là aussi plusieurs apprentissages sont possibles : apprendre à se situer dans l’espace en se référant au plan du parc, apprendre quelques mots en langues étrangères en côtoyant la foule (inévitable dans ce type d’endroit), etc.

De par ces activités, les enfants sont aussi constamment confrontés à des mises en situation concrètes les formant au « vivre ensemble ». Par exemple, dans les interminables files d’attente qui précèdent souvent toute attraction digne de ce nom, l’enfant n’a d’autre choix que de prendre son mal en patience, dépasser les autres n’étant pas admissible… Evidemment, c’est par le biais des parents/accompagnants que ces divers apprentissages seront possibles.

Il est vrai que toutes les familles n’ont pas nécessairement la possibilité de proposer des sorties culturelles (ou autre) à leurs enfants, faute de temps ou d’argent par exemple. Mais apprendre à la maison est tout à fait envisageable ; et ce, même sans recourir au cahier de vacances. Pourquoi ne pas proposer à l’enfant de choisir un roman à la bibliothèque du quartier afin qu’il puisse – pour une fois – lire pour le plaisir ; et par la même occasion, parfaire sa connaissance de la langue française. Son orthographe, tout comme son vocabulaire ne pourront que mieux s’en porter. La nature est aussi source de nombreux apprentissages. Quoi de mieux qu’une balade dans les bois pour apprendre à différencier et à nommer les différents arbres/champignons/etc. ? Dans tous les cas, il revient aux parents d’exploiter le potentiel que présente chaque « sortie » pour permettre à l’enfant d’apprendre différemment. [9]

 


Pour aller plus loin :

Comment occuper le temps de vacances des enfants ? Cette question est au cœur de plusieurs de nos réflexions :
- Vacances j'oublie tout... Vraiment ? Analyse 2016-03 de Couples et Familles.
- Accueil extrascolaire, dossier NFF n°116. Malonne : éditions Feuilles Familiales, juin 2016, 96 p.

 

 

 

 

 

 


[1] Le marché des cahiers de vacances part à la conquête de l’été | GfK France. In : http://www.gfk.com/. Consulté le 28 juin 2017.
[2] Ibid. 
[3] Les cahiers de vacances sont-ils vraiment utiles ? – le Plus. In : http://leplus.nouvelobs.com/. Consulté le 28 juin 2017.
[4] Cahier de vacances : un succès d'édition qui suscite toujours le débat. In : http://www.lefigaro.fr/. Consulté le 28 juin 2017.
[5] Les cahiers de vacances sont-ils vraiment utiles ? In : http://leplus.nouvelobs.com/. Consulté le 30 juin 2017.
[6] Pour ou contre les cahiers de vacances ? In : http://www.psychologies.com/. Consulté le 30 juin 2017.
[7] Ibid
[8] Cahiers de vacances : utiles ou pas ? In : https://www.rtbf.be/. Consulté le 28 juin 2017.
[9] Analyse rédigée par Audrey Dessy.