Analyse 2017-02

Le recours aux grands-parents, une solution pour pallier les défaillances de l’accueil extrascolaire ? Telle est la question sur laquelle nous allons nous attarder dans cette analyse qui a trait à la délicate conciliation des sphères familiale et professionnelle.  

Effectivement, difficile pour des parents travaillant à temps plein d’amener et de récupérer leurs enfants à l’école où les horaires sont généralement assez différents du milieu professionnel. Pour répondre à ce problème, il existe une offre d’accueil extrascolaire mais la qualité des garderies n’atteint généralement pas la hauteur des espérances des parents. 

C’est dans ce cadre que peuvent dès lors se voir solliciter bon nombre de grands-parents. 

En Belgique, on peut constater qu’en général les grands-parents s’impliquent grandement auprès de leurs petits-enfants ; particulièrement dans la garde de ceux-ci. Que ce soit de temps à autre ou de façon plus régulière, cette aide est fournie par la moitié des grands-pères et 60% des grands-mères. [1]

Apport de cette solidarité

Les relations qu’entretiennent grands-parents et petits-enfants sont tout aussi bénéfiques pour les uns que pour les autres. En effet, les grands-parents transmettent valeurs et connaissances à leurs petits-enfants [2] pendants que ceux-ci les empêchent de connaître la solitude et contribuent à valoriser leur disponibilité tout en favorisant leur estime de soi. [3] 

Notons aussi que des études indiquent que lorsque les liens qui unissent grands-parents et petits-enfants sont forts, cela impacte positivement l’équilibre émotionnel de ceux-ci. Effectivement, ces enfants sont moins sujets que les autres aux problèmes de comportement ainsi qu’aux tendances dépressives. D’ailleurs, la famille dans son ensemble est touchée par le rôle rassurant des grands-parents. Que ce soit par leur présence, leur écoute ou leurs conseils, ils apaisent les esprits contribuant ainsi à réduire le stress notamment procuré par les soucis inhérents à la vie quotidienne. [4] En outre, ils peuvent aussi parfois jouer un rôle de « traducteur ». Comme ils ne voient pas les choses de la même façon que leurs enfants (ils jouissent de plus de recul), ils peuvent parfois les aider à mieux comprendre leurs petits-enfants. [5] 

Souvent considérés comme de véritables repères par leurs enfants et petits-enfants, en plus d’aider la famille à faire face aux obstacles rencontrés, les grands-parents ont à cœur de transmettre l’histoire de la famille, les péripéties d’un ancêtre ou raconter à quoi ressemblait la façon de vivre et la société d’autrefois. [6] N’entendons-nous pas souvent dire que pour savoir où l’on va il faut avant tout savoir d’où l’on vient ?

Ne pas confondre solidarité et aide contrainte

La prise en charge des petits-enfants, surtout lorsqu’elle est régulière, peut vite devenir une tâche assez lourde et il n’est pas rare que s’établisse insidieusement un raccourci dans l’esprit des parents consistant à faire de l’aide régulière non-obligatoire une habitude contraignante pour les grands-parents. [7]

La remise en cause de ces habitudes devenues pesantes ne doit aucunement devenir un sujet tabou. Il est important que les aînés se sentent libres d’exprimer leur ressenti par rapport à la tâche qui leur incombe et que les parents soient préparés à recevoir ce genre de remarques et à prendre les dispositions nécessaires pour alléger la charge portée par les grands-parents.

L’importance de la reconnaissance de l’investissement non négligeable des grands-parents auprès de leurs petits-enfants est aussi un élément qu’il est nécessaire de souligner. C’est souvent de manière volontaire que les grands-parents proposent un coup de main à leurs enfants et il est essentiel de garder à l’esprit que ce coup de main n’est pas une obligation. Le temps et l’énergie que les ainés sont disposés à consacrer à leurs petits-enfants ne sont généralement pas insignifiants. La moindre des choses est d’exprimer sa gratitude face à cette solidarité pour que les efforts des grands-parents soient ainsi reconnus.

Même s’ils prennent du plaisir à s’occuper de leurs petits-enfants, les seniors dépensent parfois beaucoup, voire trop, d’énergie dans leurs grand-parentalité. Ainsi, des problèmes de santé, tout comme des difficultés d’ordre financières peuvent parfois résulter d’une implication trop intense. [8] 

Il convient donc de ne pas les surcharger ni d’abuser de l’aide si bienveillamment proposée afin d’assurer un climat serein au sein de la cellule familiale. 

Les relations familiales sont ainsi – la plupart du temps – particulièrement fortes entre parents et grands-parents ; mais aussi entre grands-parents et petits-enfants. C’est quand les enfants sont jeunes qu’ils côtoient de manière relativement fréquente leurs grands-parents. Quand ils sont bébés, les grands-parents peuvent remplacer pour un ou plusieurs jours la crèche ; et quand les enfants grandissent le domicile des grands-parents fait alors office de garderie le mercredi après-midi par exemple. Ensuite, quand les petits-enfants deviennent des adolescents puis de jeunes adultes, les liens affectifs tissés tout au long de ces années avec leurs grands-parents sont toujours bel et bien présents bien que les visites se font souvent plus rares. Au vu de cette diminution de contacts, les grands-parents accordent de l’importance aux preuves d’affection que leurs petits-enfants leur procurent. Leur participation aux réunions de famille, l’envoi de photos ou des cartes postales lorsqu’ils sont à l’étranger, un coup de téléphone ou un mail de temps à autre, etc. ; toutes ces petites attentions constituent ce que l’on peut appeler des « signes du lien ». [9]

Autres dérives

Par ailleurs, il faut veiller à ce que le rôle de grands-parents ne se confonde pas avec celui de parents. De ce fait, c’est aux parents qu’il revient avant tout d’assurer l’éducation de leurs enfants. Chacun sa place au sein du fonctionnement familial pour que l’enfant puisse bénéficier de repères stables. [10] En outre, l’avancée en âge coïncide – dans de fréquents cas –  avec une baisse d’énergie ; une perte de vitalité dont l’intensité peu évidemment varier d’un individu à l’autre. Dès lors, un investissement trop important des seniors dans leur fonction de grands-parents risque d’impacter négativement leur santé [11] ; même si ceux-ci s’impliquent avec plaisir sans ressentir la moindre obligation à mettre la main à la pâte. Il convient donc aux parents de ne pas exagérément solliciter les grands-parents et de s’assurer du bien-être de ceux-ci. 

En conclusion

Notre société a évolué. Les personnes âgées sont en meilleure santé et ont une espérance de vie plus longue qu’auparavant, les jeunes couples laissent passer davantage d’années que leurs aïeuls avant d’envisager l’idée de fonder une famille ; et si enfants il y a, ceux-ci sont généralement moins nombreux que dans les fratries d’antan. Ainsi, le rôle des grands-parents s’est adapté à cette nouvelle société où en plus, la crise économique a engendré un besoin de solidarité au sein des familles, les jeunes couples pouvant souvent être confronté à des contraintes économiques plus présentes qu’autrefois. [12]

L’investissement des grands-parents se doit d’être compatible, certes avec les besoins de la famille, mais aussi avec leurs propres besoins et aspirations. Certains envisagent la retraite comme une seconde chance de se consacrer pleinement à la vie familiale, n’ayant pas eu l’opportunité d’y parvenir auparavant à cause du poids du travail ou d’autres obligations ; pour d’autres, peut-être est-ce le moment de penser davantage à soi qu’à ses enfants, pour qui ils se sont énormément investit jusqu’alors... voyager, se consacrer à une passion, s’engager dans l’associatif semblera enfin envisageable avec la retraite. C’est aux grands-parents de déterminer les contours de leur nouveau rôle à jouer dans la famille. À eux de concilier leur envie de participer à la prise en charge de leurs petits-enfants avec leur envie de prendre du temps pour soi…  [13]

C’est le mélange de divers paramètres intrinsèques à chacun (âge, santé, proximité géographique, type de relations entretenues avec les enfants, etc.) qui permettra d’aboutir à une relation avec les petits-enfants perçue comme idéale par les grands-parents. [14]

Dans cette perspective, le recours aux grands-parents peut constituer une solution idéale pour pallier les défaillances de l’accueil extrascolaire ; mais uniquement dans la mesure où d’une part, l’aide proposée par les grands-parents ne devienne en aucun cas contraignante ; et d’autre part, la reconnaissance de cette aide précieuse se doit d’être saluée par ceux qui en bénéficient. [15]

 

 

 


 

[1] ERALY, Hélène, et ANDRIANNE, Philippe, et DELPEREE, Francis. « Les grands-parents ». In : Balises – Journal des cadres d’Enéo, mouvement social des aînés, Bruxelles, n°53, février-mars-avril 2016, pp.25-27.

[2] ERALY, Hélène, et ANDRIANNE, Philippe, et DELPEREE, Francis. « Les grands-parents ». In : Balises – Journal des cadres d’Enéo, mouvement social des aînés, Bruxelles, n°53, février-mars-avril 2016, pp.25-27.

[3] Fondation Roi Baudouin, et Fédération Royale du Notariat belge. Être grands-parents aujourd’hui, c’est aussi une question de droit. Bruxelles, 2012, p.4.

[4] ERALY, Hélène, et ANDRIANNE, Philippe, et DELPEREE, Francis. « Les grands-parents ». In : Balises – Journal des cadres d’Enéo, mouvement social des aînés, Bruxelles, n°53, février-mars-avril 2016, pp.25-27.

[5] Fondation Roi Baudouin, et Fédération Royale du Notariat belge. Être grands-parents aujourd’hui, c’est aussi une question de droit. Bruxelles, 2012, p.4.

[6] Fondation Roi Baudouin, et Fédération Royale du Notariat belge. Être grands-parents aujourd’hui, c’est aussi une question de droit. Bruxelles, 2012, p.5.

[7] ERALY, Hélène, et ANDRIANNE, Philippe, et DELPEREE, Francis. « Les grands-parents ». In : Balises – Journal des cadres d’Enéo, mouvement social des aînés, Bruxelles, n°53, février-mars-avril 2016, pp.25-27.

[8] ERALY, Hélène, et ANDRIANNE, Philippe, et DELPEREE, Francis. « Les grands-parents ». In : Balises – Journal des cadres d’Enéo, mouvement social des aînés, Bruxelles, n°53, février-mars-avril 2016, pp.25-27.

[9] CARADEC, Vincent. « « Jeunes » et « vieux » : les relations intergénérationnelles en question ». In : Agora – Débats/Jeunesses, Paris, n°49, 2008/3, pp. 20-29. 

[10] ERALY, Hélène, et ANDRIANNE, Philippe, et DELPEREE, Francis. « Les grands-parents ». In : Balises – Journal des cadres d’Enéo, mouvement social des aînés, Bruxelles, n°53, février-mars-avril 2016, pp.25-27.

[11] ERALY, Hélène, et ANDRIANNE, Philippe, et DELPEREE, Francis. « Les grands-parents ». In : Balises – Journal des cadres d’Enéo, mouvement social des aînés, Bruxelles, n°53, février-mars-avril 2016, pp.25-27.

[12] Fondation Roi Baudouin, et Fédération Royale du Notariat belge. Être grands-parents aujourd’hui, c’est aussi une question de droit. Bruxelles, 2012, p.2.

[13] Fondation Roi Baudouin, et Fédération Royale du Notariat belge. Être grands-parents aujourd’hui, c’est aussi une question de droit. Bruxelles, 2012, p.3.

[14] Ufapec - 32.13/ La place des grands-parents auprès de leurs petits-enfants. In : www.ufapec.be. Consulté le 30 décembre 2016.

[15] Analyse rédigée par Audrey Dessy.