Analyse 2016-17

Une profonde réforme de l’enseignement est tout doucement en train d’émerger et promet un réel chamboulement du système scolaire actuel qui doit amplement s’améliorer tant au niveau de l’équité, des performances et de la modernité qu’au niveau de l’efficacité. [1]

Caractéristique importante de cette réforme, elle s’inscrit dans la durée. Sur le site internet consacré au Pacte pour un enseignement d’excellence, il est précisé que : « depuis le début du processus, il a été clairement indiqué que les mesures et initiatives feront l’objet d’une priorisation et d’un phasage (à court, moyen et long terme). Le Pacte n’est pas l’affaire d’une législature, il doit s’installer dans la durée. » [2]

C’est donc petit à petit que se concrétisera cette réforme, mise à l’agenda en juillet 2014 et réfléchie en concertation avec les premiers concernés : les acteurs de l’enseignement (enseignants, directeurs, parents, élèves, etc.). [3] Concrètement, le Pacte a été élaboré en trois phases de janvier 2015 à décembre 2016 ; s’en suivra un débat, qui constituera la quatrième phase, et enfin, la dernière phase se composera de la mise en œuvre du pacte. Celle-ci s’étalera sur plusieurs années, précisément jusqu’en 2030. [4]

Il semble intéressant de signaler que ce remaniement quasi-total de notre système éducatif n’est pas dû à un état des lieux aussi désastreux du paysage scolaire que l’on pourrait le penser ; en effet, même si certains points font défaut, plusieurs dimensions de notre enseignement sont en progression... mais cette amélioration est encore insuffisante. Ainsi, dans le système actuel, se côtoient aussi bien des élèves épanouis que d’autres en situation de décrochage. Malheureusement, ces derniers sont assez nombreux, d’où la nécessité d’un nouveau système scolaire, repensé dans sa globalité. [5]

Avis n°3 du Groupe central

Début décembre, le Groupe central a rendu son Avis n°3. La synthèse de ce projet débute par l’énonciation de quatre convictions qui composent les fondements de la construction du Pacte pour un enseignement d’excellence ; à savoir : faire évoluer l’école est une nécessité, les mesures à mettre en place sont complexes, il faut prendre en compte les réalités des écoles, et une réforme durable de l’école ne peut se faire que si les acteurs de terrain y adhèrent. Ensuite, le Groupe central délimite cinq axes où sont réparties les orientations concrètes qu’il recommande. [6] À travers cette analyse, attardons-nous sur chacun d’entre eux pour en comprendre le contenu.

Axe 1 : Enseigner les savoirs et compétences de la société du 21ème siècle et favoriser le plaisir d’apprendre

Comment ? D’une part, grâce à une action au niveau de l’enseignement maternel. Jusqu’à présent, il semblerait que la Fédération Wallonie-Bruxelles se soit un peu abstenue de miser dans ce type d’enseignement qui pourtant constitue la base du parcours scolaire de la plupart des enfants. Ainsi, le Groupe central préconise une école maternelle de qualité pour tous. Cet objectif pourra être atteint, par exemple, en améliorant l’accueil et l’enseignement, mais aussi en instaurant des mesures qui incitent à la fréquentation régulière de l’école maternelle. De plus, pour renforcer la prise en charge des élèves, des ressources supplémentaires sont au programme. [7] Remarquons également que la réalisation d’un référentiel est prévue. Il consisterait, non pas à répertorier des compétences pour chaque année, mais à élaborer « un système d’observation à partir des stades de développement de l’enfant. » [8]

D’autre part, un second moyen d’action repose sur la mise en place d’un tronc commun, pluridisciplinaire et polytechnique, de la première maternelle à la troisième secondaire. Celui-ci permettra aux élèves tant l’apprentissage des savoirs fondamentaux que celui des compétences indispensables « au développement d’une citoyenneté ouverte sur le monde, à l’épanouissement social et professionnel. »  [9]

Ainsi, jusqu’à la troisième secondaire, les élèves vont acquérir des connaissances dans sept domaines distincts : langues, expressions artistiques, mathématiques, sciences, géographie physique, compétences techniques et technologiques, sciences humaines et sociales, philosophie, citoyenneté, activités physiques, bien être et santé, créativité, engagement, et esprit d’entreprendre, et enfin, apprendre à apprendre et à poser des choix. On peut dire que cette dernière « discipline » trouve indéniablement sa place dans le programme étant donné qu’en quatrième secondaire un choix non négligeable se posera aux élèves ; celui de l’orientation de leur parcours scolaire. Deux possibilités s’offrent aux jeunes, la filière de transition (qui donne accès à l’enseignement supérieur) et la filière qualifiante (qui donne accès directement à un métier) [10]. Il est important que chaque jeune puisse mener une véritable réflexion individuelle et sensée pour poser un choix éclairé dans lequel il pourra s’épanouir.

Pour que ce tronc commun puisse s’appliquer, soulignons la nécessité de renforcer la maîtrise de la langue de l’enseignement par les élèves. Deux types de jeunes sont particulièrement concernés par cette démarche : les allophones (le français n’est pas leur langue maternelle ; ils en débutent l’apprentissage), et les francophones vulnérables, qui eux maîtrisent la langue de façon à se faire comprendre dans la plupart des situations ; mais pas suffisamment pour réussir à l’école. [11]

Le nouveau tronc commun va également impliquer davantage d’hétérogénéité dans les classes. Pour y faire face, des outils ont été pensés par le Groupe central, comme par exemple le dispositif RCD (remédiation, consolidation, dépassement). Il s’agit de périodes flexibles de remédiation ou d’approfondissement qui vont se combiner en s’adaptant au profil de l’élève ; permettant dès lors « la différenciation au sein d’une même classe. » [12]

Axe 2 : Autonomie et responsabilisation des acteurs de l’éducation 

Le leadership du directeur influence la dynamique qui règne au sein de l’équipe pédagogique, et par conséquent, il impacte aussi les résultats des élèves. Il convient donc de renforcer ce leadership en déchargeant le directeur de certaines tâches administratives par exemple. Une autre piste serait une présence davantage marquée du directeur dans les processus de GRH. Il conviendrait également de réformer la sélection des directeurs et leur évaluation. « La sélection du profil adéquat primera sur les titres et sur l’ancienneté. » [13]

Pour ce qui est des enseignants, une réforme de la formation de base est prévue ; tout comme une révision de la formation continuée ; ainsi, de trois jours par an, on passera à quatre - voire jusqu’à six - journées de formations obligatoires. Précisons que ces journées complémentaires auront lieu lors de moments où l’enseignant n’a pas en charge sa classe. De plus, parmi les orientations prévues par le Groupe central, un système d’évaluation des enseignants est préconisé. Dans un premier temps formative et collective, l’évaluation pourra ensuite, dans certains cas être individuelle si nécessaire. En outre, les tâches des enseignants sont réparties en cinq catégories : le travail en classe, le service à l’école et aux élèves, le travail collaboratif, le travail autonome et la formation continuée. [14]

Axe 3 : Valorisation du parcours qualifiant

Le troisième axe consiste à faire du parcours qualifiant « une filière d’excellence ». Il faut savoir qu’environ la moitié des élèves de la Fédération Wallonie-Bruxelles sont inscrits dans cette filière, et souvent, il ne s’agit pas d’un premier choix mais plutôt d’une « solution de secours » lorsqu’un élève est en situation d’échec. Il convient donc de fournir aux élèves une réelle information quant aux possibilités d’orientations. Il est nécessaire que les jeunes sachent à quoi s’attendre lorsqu’ils s’orientent dans telle ou telle voie. Le tronc commun est également pensé dans ce sens. [15]

La filière qualifiante sera répartie sur trois années durant lesquelles la validation des acquis pourrait être soumise à un nouveau système ; la certification par unité d’apprentissage. Néanmoins, le Groupe central préconise une évaluation des effets de ce modèle de validation progressive avant d’envisager de l’étendre à tout l’enseignement qualifiant. En outre, peu importe l’option choisie, des cours généraux sont prévus afin que les élèves bénéficient d’une formation générale de qualité, qui pourra être ajustée en fonction des différentes professions enseignées. La réussite du parcours effectué dans cette filière devrait aboutir à un « CESS » mais qui, à la différence du « CESS » de la filière de transition, ne permettrait pas un accès direct à l’enseignement supérieur. Enfin, il est indispensable que l’offre qualifiante soit en adéquation avec la réalité du marché de l’emploi. [16]

Axe 4 : L’enseignement comme source d’émancipation sociale tout en misant sur l’excellence pour tous

Dans notre système actuel, on observe des écarts de performance qui se creusent entre établissements scolaires. Or, l’enseignement se doit de préparer au mieux les jeunes à la vie en société. Ainsi, l’égalité doit être au centre des préoccupations de l’école. Dès lors, le pacte a pour objectif de réduire le redoublement de moitié d’ici 2030. Comme énoncé précédemment, un enseignement maternel de meilleure qualité, de nouveaux modes d’évaluation et l’instauration du tronc commun devraient contribuer à atteindre cet objectif. Soulignons que les parents ont également un rôle considérable à jouer dans cette lutte contre l’échec. [17]

La réforme aborde également la question de l’enseignement spécialisé. Le Groupe central est en faveur de l’inclusion. Il faudrait ainsi, d’une part, réaménager raisonnablement l’enseignement ordinaire pour que les élèves qui présentent des besoins particuliers puissent y trouver leur place ; et d’autre part, y intégrer aussi les élèves de l’enseignement spécialisé – totalement ou partiellement – grâce au soutien des acteurs de l’enseignement spécialisé. Il s’agit donc de désengorger l’enseignement spécialisé afin que l’enseignement ordinaire soit davantage inclusif. Dans cette perspective, le pacte traite aussi des CPMS. [18]

Déjà abordé dans l’axe 1, la maîtrise de la langue d’enseignement est indispensable à un parcours scolaire réussi. Il est donc important d’améliorer les programmes d’accompagnement des primo-arrivants et de soutenir les interventions qui peuvent faire diminuer les inégalités « remarquées dans les acquis langagiers en fonction de l’origine sociale et culturelle. » [19]

Axe 5 : Une école de qualité et mieux adaptée aux conditions du bien-être de l’enfant

D’abord, le Groupe central s’attarde sur les infrastructures scolaires, qui en plus d’être de qualité, doivent être suffisamment nombreuses pour accueillir tous les enfants scolarisés. Plusieurs pistes sont à suivre : la mise en place d’un environnement stimulant, des bâtiments qui consomment peu, des sanitaires de qualité, etc. [20]

Ensuite, des conseillers en prévention dans les domaines de la santé et de la sécurité devraient apporter leurs expertises aux écoles. Pour améliorer la qualité de vie, une place plus importante sera accordée au sport, les activités citoyennes seront favorisées, la lutte contre la violence et le harcèlement sera poursuivie et dans ce cadre, des espaces de parole seront établis. [21]

Puis, le calendrier scolaire pourrait faire l’objet d’un remaniement pour correspondre davantage au rythme de vie des élèves. Le Groupe central propose qu’une étude de faisabilité soit réalisée à ce propos. Un nouveau rythme s’articulerait comme suit : une alternance entre sept semaines de cours et deux semaines de congés, exceptées les grandes vacances, qui elles feraient l’objet d’un ajustement au regard de cette nouvelle répartition du temps. [22]

Une gratuité complète de l’école est également une idée défendue par le Groupe central. Une première étape vers cet idéal consisterait à supprimer les frais de l’enseignement maternel qui incombent aux parents en octroyant aux écoles une compensation financière. Pour terminer, des exemples de leviers d’action pour améliorer la démocratie scolaire sont cités ; « créer un conseil coopératif et citoyen de la classe hebdomadaire ; renforcer le système de délégation d’élèves, (...). [23] » [24] 

 

 

 


 

[1] Pacte pour un enseignement d’excellence – Le Pacte c’est quoi ?, www.pactedexcellence.be. Consulté le 12 décembre 2016.

[2] Pacte pour un enseignement d’excellencewww.pactedexcellence.be. Consulté le 12 décembre 2016.

[3] D’où vient l’idée d’un pacte pour un enseignement d’excellence ?www.pactedexcellence.be. Consulté le 12 décembre 2016.

[4] Quelle est la durée d’élaboration du Pacte ?www.pactedexcellence.be. Consulté le 13 décembre 2016.

[5] Quels sont les constats qui expliquent le lancement d’un Pacte pour un enseignement d’excellence ?www.pactedexcellence.be. Consulté le 13 décembre 2016.

[6] Synthèse du projet d’Avis N°3 du Groupe central, Pacte pour un enseignement d’excellence, 2 décembre 2016.

[7] Synthèse du projet d’Avis N°3 du Groupe central, Pacte pour un enseignement d’excellence, 2 décembre 2016.

[8] Interview d’Yves THOMEE. « Maîtriser la langue d’enseignement ? ». In : PROF. Fédération Wallonie-Bruxelles, n°32, décembre 2016, p.21.

[9] Synthèse du projet d’Avis N°3 du Groupe central, Pacte pour un enseignement d’excellence, 2 décembre 2016.

[10] Synthèse du projet d’Avis N°3 du Groupe central, Pacte pour un enseignement d’excellence, 2 décembre 2016.

[11] « Maîtriser la langue d’enseignement ? ». In : PROF. Fédération Wallonie-Bruxelles, n°32, décembre 2016, p.17.

[12] Synthèse du projet d’Avis N°3 du Groupe central, Pacte pour un enseignement d’excellence, 2 décembre 2016.

[13] VAN DE WERVE, Conrad. « Pacte pour un enseignement d’excellence – Vers un aboutissement ». In : Entrées libres. Bruxelles, n°114, décembre 2016, p.4. 

[14] Synthèse du projet d’Avis N°3 du Groupe central, Pacte pour un enseignement d’excellence, 2 décembre 2016.

[15] Synthèse du projet d’Avis N°3 du Groupe central, Pacte pour un enseignement d’excellence, 2 décembre 2016.

[16] Synthèse du projet d’Avis N°3 du Groupe central, Pacte pour un enseignement d’excellence, 2 décembre 2016.

[17] Synthèse du projet d’Avis N°3 du Groupe central, Pacte pour un enseignement d’excellence, 2 décembre 2016.

[18] Synthèse du projet d’Avis N°3 du Groupe central, Pacte pour un enseignement d’excellence, 2 décembre 2016. 

[19] Synthèse du projet d’Avis N°3 du Groupe central, Pacte pour un enseignement d’excellence, 2 décembre 2016.

[20] Synthèse du projet d’Avis N°3 du Groupe central, Pacte pour un enseignement d’excellence, 2 décembre 2016.

[21] Synthèse du projet d’Avis N°3 du Groupe central, Pacte pour un enseignement d’excellence, 2 décembre 2016.

[22] Synthèse du projet d’Avis N°3 du Groupe central, Pacte pour un enseignement d’excellence, 2 décembre 2016.

[23] Synthèse du projet d’Avis N°3 du Groupe central, Pacte pour un enseignement d’excellence, 2 décembre 2016.

[24] Analyse rédigée par Audrey Dessy.